L’irrésistible essor
des robo-advisors

Let's go!

L’irrésistible essor
des robo-advisors

L’irrésistible essor
des robo-advisors

Les plateformes autonomes de conseil et de gestion financière ont connu une croissance considérable depuis leurs premiers pas dans les années 1980. Comment fonctionnent-elles? Sont-elles vraiment plus performantes qu’un gérant professionnel humain? Explications, analyse et témoignages.

Les algorithmes
prennent le pouvoir

Les algorithmes
prennent le pouvoir

Accessibles au grand public depuis la vague Internet, les offres de gestion de portefeuille entièrement automatisée se multiplient. Les robo-advisors gagnent de plus en plus d’adeptes, tant du côté des investisseurs individuels que des gérants professionnels.

Accessibles au grand public depuis la vague Internet, les offres de gestion de portefeuille entièrement automatisée se multiplient. Les robo-advisors gagnent de plus en plus d’adeptes, tant du côté des investisseurs individuels que des gérants professionnels.

De quoi parle-t-on?

Quand on parle de robotisation dans l’industrie des services ou de la finance, il faut tout de suite oublier l’image du sympathique Pepper, ou de tout robot humanoïde. Ici, on parle plutôt de «bots», c’est-à-dire des robots non physiques, matérialisés uniquement par des algorithmes et autres logiciels.

Ils sont déjà très répandus dans notre vie quotidienne. Ils nous aident par exemple à obtenir le meilleur tarif pour un billet d’avion sur un moteur de recherche en ligne ou nous recommandent un produit que l’on pourrait apprécier. Dans la finance, cette robotisation croissante porte des noms différents en fonction des objectifs. Qu’il s’agisse de Robotic Process Automation (RPA), de robo-advisors ou encore d’intelligence artificielle (IA). Tout cela recouvre une réalité commune: faire en sorte d’automatiser des processus et des actions, sans qu’une intervention humaine ne soit nécessaire. Ce qui ne veut pas dire que celle-ci n’est pas possible, quand il le faut.

Qui utilise les services des robo-advisors?

Profils des clients en Italie, en %

Genre

  • Hommes
  • Femmes

Niveau d'étude

  • Inférieur au bachelor
  • Possède au moins un bachelor

Compétences financières

  • Basses
  • Elevées

Fortune

  • Moins de 10 000 euros
  • De 10 000 à 50 000 euros
  • Plus de 50 000 euros

Les robo-advisors se multiplient

Développés dès les années 1980 dans l’industrie des hedge funds notamment, les robo-advisors se sont progressivement démocratisés jusqu’à ce qu’internet les rende accessibles au grand public. Il est alors devenu possible d’investir dans un portefeuille automatisé dès quelques centaines de francs.

La création d’entreprises spécialisées, les rapprochements entre acteurs et investissements dans ce domaine se multiplient. Pour l’heure, le marché américain des robo-advisors domine clairement l’offre européenne : plusieurs rapports estiment que l’Europe représente l’équivalent de 5 à 7% du volume géré par des robo-advisors aux Etats-Unis

Aite Group ou encore Morgan Stanley avancent que les robo-advisors américains géreront

1

milliards de dollars d’actifs en 2020.

Jusqu’à une période récente, les pure players et startups comme Betterment (plus de 15 milliards de dollars d’actifs ) ou Wealthfront dominaient le marché. Mais de grandes institutions financières internationales comme BlackRock, UBS, Fidelity ou BNP Paribas ont noué des partenariats ou créé leurs propres robo-advisors. Le gérant de fonds de placement américain Vanguard gère même plusieurs dizaines de milliards de dollars d’actifs avec son robot maison.

Et le rattrapage européen est amorcé. En mai dernier, l’un des robo-advisors leaders en Europe, le britannique Moneyfarm, a réalisé une levée de fonds record de près de 40 millions de livres (52 millions de francs) auprès d’Allianz Asset Management, qui y voit un potentiel d’avenir important.

Qui sont les clients?

Un rapport de Deutsche Bank Research publié il y a quelques mois est très éclairant sur ce point. Il est vrai que dans les premières heures des robo-advisors, soit au début des années 2010, les millennials entre 25 et 35 ans constituaient 50 à 60% des clients. Mais aujourd’hui, la majorité des clients aux Etats-Unis sont en moyenne âgés de 45 à 50 ans, avec des portefeuilles qui s’orientent de plus en plus vers des sommes à six chiffres.

Un signe que le marché devient de plus en plus mature et ne se destine pas uniquement aux clients retail avec quelques milliers de francs à placer. En juin dernier, le robo-advisor français Yomoni a d’ailleurs annoncé élargir son offre à la gestion privée avec un service destiné aux détenteurs d’un patrimoine supérieur à 250 000 euros. En Grande-Bretagne, Nutmeg a même déclaré que certains clients investissent plus d’un million de livres via son robo-advisor. La société de conseil dans le wealth management Scorpio Partnership considère d’ailleurs que les robo-advisors deviennent un «catalyseur pour la transformation digitale du private banking.

Les jeunes clients se disent prêts à confier les deux tiers de leur fortune

Sondage sur la part de leur richesse que les HNWI (possédant au moins 1 million de dollars) seraient disposés à transférer en gestion automatisée, par classe d’âge

  • Moins de 50%
  • Plus de 50%

Et en suisse?

En Suisse, les robo-advisors sont souvent regardés avec une certaine suspicion, mais avec un intérêt croissant. Par exemple par la banque genevoise Reyl : «Nos clients continuent bien évidemment d’être demandeurs du «rapport humain» avec leur gestionnaire et le robo-advisory n’est pas là pour le remplacer, mais il peut être un outil permettant d’optimiser la charge de travail», explique Nicolas Roth, coresponsable de la gestion alternative chez Reyl.

L’émergence de ces outils débouche sur de nouveaux défis en matière de législation. Or, pour l’heure, c’est le cadre légal traditionnel qui prévaut, faute d’adaptation du droit au progrès technologique. «En Suisse, il n’existe pas de réglementation spécifique au robo-advising. Les lois existantes sur les marchés financiers s’appliquent donc, en particulier dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent, aux établissements bancaires et de négoce de titres. Concrètement, toute demande de licence pour un service de robo-advising est examinée au cas par cas», indique Vinzenz Mathys, porte-parole à la Finma, autorité fédérale de surveillance des marchés financiers. De leur côté, les développeurs d’intelligence artificielle gardent toute liberté car ils ne sont pas soumis aux règlements de la Finma.

Que le meilleur gagne

Que le meilleur gagne

Vaut-il mieux faire gérer son argent par les algorithmes d’un robo-advisor ou faire confiance à l’expérience d’un gérant? Le match est engagé.

Vaut-il mieux faire gérer son argent par les algorithmes d’un robo-advisor ou faire confiance à l’expérience d’un gérant? Le match est engagé.

Comparer un robo-advisor et un gestionnaire de portefeuille aujourd’hui, c’est un peu comme comparer le site ebookers.com avec une agence spécialisée dans les voyages sur mesure. Impossible donc de faire une véritable comparaison sur des offres très différentes. On peut toutefois dégager quelques tendances, avantages et inconvénients de chacun sur différents points, pour tenter d’y voir un peu plus clair. D’un côté donc, les algorithmes des robo-advisors, de l’autre, ce que nous résumons sous le terme «alpha», autrement dit la capacité d’un gestionnaire à créer de la valeur.

Univers d’investissement: Algorithmes 0 - Alpha 1

Le problème que mettent en avant tous nos interlocuteurs pour les robo-advisors? L’univers d’investissement extrêmement réduit. Notamment pour la grande majorité d’entre eux, qui proposent des portefeuilles types, non personnalisables.

L’approche semble assez conservatrice dans la sélection, puisque les robo-advisors n’utiliseraient qu’entre

1 et 1%

du total de l’univers des ETF.

D’après un rapport de Deutsche Bank Research, les robo-advisors utilisent massivement les ETF, ces fonds listés qui répliquent la plupart du temps un indice (S&P 500, SMI, etc) et n’utiliseraient qu’entre 3 et 6% du total de l’univers des ETF. Même pour les robo-advisors plus aboutis, ils se limitent par nature à tout investissement «automatisable», donc aux produits listés très liquides. Ce qui exclut de facto des segments comme l’immobilier ou le private equity.

Diversification: égalité

Par nature, la diversification dans la gestion active est presque sans fin… Elle pourrait donc remporter cette manche sans peine. Cependant, certains considèrent les robo-advisors comme une diversification des décisions humaines.

Daniel Corrales,
associé de la société de conseil Chappuis Halder & Cie (CH&Co)

Les robo-advisors se développent par exemple de plus en plus en Asie. Dans cette région, le segment des «affluent» y est très important, c’est-à-dire les clients qui sont entre le retail et le private banking, et dont la fortune est en forte croissance. «Ces nouvelles générations d’entrepreneurs ne veulent pas mettre tous leurs œufs dans le même panier et n’accordent pas une confiance aveugle aux banques ou aux gérants de fortune», relève Daniel Corrales, associé de la société de conseil Chappuis Halder & Cie (CH&Co) à Genève.

Styles de gestion: Algorithmes 0 - Alpha 1

Au niveau de la gestion en elle-même, si les robo-advisors se spécialisent de plus en plus et si certains permettent le tailor-made (ils sont rares), la plupart restent encore très basiques. «Les robo-advisors d’aujourd’hui n’ont pas trop évolué par rapport à ceux développés par les hedge funds dans les années 1980. Il s’agit pour la plupart de portefeuilles modèles qui sont rebalancés, et bien peu sortent de la traditionnelle théorie de Markowitz», explique encore Daniel Corrales.

Frais moyens pour 100 dollars investis

Source: Deutsche Bank Research

Coûts: Algorithmes 1 - Alpha 0

Le score est ici clairement en faveur des robo-advisors. D’après la comparaison réalisée par Deutsche Bank, les coûts moyens de gestion pour un portefeuille de 100 000 dollars seraient d’environ 1% avec un gestionnaire et de 0,3% avec un robo-advisor américain.

En Suisse, selon moneyland.ch, on trouve aujourd’hui sur le marché des robo-advisors la Banque Swissquote, la Banque Cantonale de Glaris (Investomat), Saxo Bank (SaxoSelect), ainsi que les prestataires en ligne spécialisés True Wealth, Descartes Finance, VZ VermögensZentrum, ou encore Selma Finance et Simplewealth. Si les frais forfaitaires les plus bas démarrent à 0,3%, le coût peut grimper à 0,8% selon la formule choisie. Car le diable se cache dans les détails… Ainsi, s’ajoutent souvent des frais de droits de garde (atteignant jusqu’à 0,6%), et les coûts des produits dans lesquels le robo-advisor investit.

Des rendements supérieurs
à des placements sans risque

  • Ecart de rendement du portefeuille avec un placement sans risque (ratio de Sharpe, échelle de gauche)
  • Hauteur du risque par rapport au rendement (écart type, échelle de droite) pour différents établissements américains de plus de deux ans

Performances: égalité

La comparaison de performance des robo-advisors face à une gestion classique est très difficile, compte tenu de la diversité des offres et de la personnalisation de la gestion de fortune. Aux Etats-Unis, les classements des robo-advisors sont très suivis et détaillés. L’analyse rendement/risque de BackEnd Benchmarking met par exemple en avant la performance du robo-advisor de Schwab grâce à son risque le plus faible et sa deuxième meilleure performance sur un an (près de 12%).

Pour nos interlocuteurs, s’il peut être intéressant d’automatiser la gestion des obligations ou des grandes actions américaines par exemple, la gestion des gérants pour les petites capitalisations, le private equity, l’immobilier ou encore les matières première reste plus performante.

Performances avant commissions
des robo-advisors

Dans différents établissements américains en 2016

Source: Condor Capital Management Robo Report

Flexibilité et adaptabilité: Algorithmes 0 - Alpha 1

Tous nos interlocuteurs ont également mis en avant le fait qu’un élément critique manquait au robo-advisor: l’aspect planification et conseil. Et dans ce domaine, les clients de la nouvelle génération semblent également de cet avis. Pour Chad Rixse, cofondateur de Millennial Wealth, deux tiers des millennials préfèrent l’humain aux robo-advisors, selon un sondage réalisé par cette société américaine dévolue à la gestion du patrimoine des millennials fortunés. Dans un post, il rappelle qu’«un gérant de fortune peut aider à gérer les émotions et surtout prioriser en fonction du cycle de vie. S’il survient un héritage, un achat immobilier, un changement de carrière, tout cela requiert une planification financière.»

Gestionnaires de fortune: égalité

Pierre Bustamante,
associé chez Chappuis Halder & Cie.

Bien que nous les opposions dans cet article, les robo-advisors peuvent-ils être un atout pour les gérants? Sachant qu’un gérant passerait environ un tiers de son temps à faire des tâches de coordination avec back et middle office? «Nous sommes convaincus que les robo-advisors sont davantage un outil destiné à aider les gérants plutôt que destiné aux clients directement. En Suisse, il faut tendre vers un gérant de fortune «augmenté», avec des outils qui lui permettent d’être plus efficace», affirme Pierre Bustamante, associé chez Chappuis Halder & Cie.

Gabriele Odone,
head private banking Genève chez Julius Baer

Gabriele Odone, head private banking Genève pour la Banque Julius Baer, confirme cette analyse. «Julius Baer a lancé une plateforme basée sur le modèle d’un robo-advisor: des conseils d’investissement personnalisés sont proposés chaque jour aux gestionnaires, en fonction d’une analyse individuelle du profil et des besoins des clients. Il s’agit cependant davantage d’un «robo-assistant» uniquement destiné au conseiller, qui juge de la fiabilité et de l’utilité de ces recommandations. L’interface permet un contact permanent en ligne avec le client.»

Témoignages d’utilisateurs

Témoignages d’utilisateurs

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces outils de gestion automatisée? Un investisseur et un gérant racontent leurs expériences.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces outils de gestion automatisée? Un investisseur et un gérant racontent leurs expériences.

«Dans la finance, il est connu que les réactions émotionnelles anéantissent les performances. En outre, une stratégie claire et stable s’avère plus performante que des achats de titres effectués sur des coups de cœur.» Voilà les raisons qui ont conduit Tony Nüscheler, COO d’un groupe de courtage en assurance à Zurich, à devenir utilisateur du service de robo-advisory de Swissquote. «Le robot minimise le temps consacré à la gestion de ses placements. Il n’y a pas besoin de discuter des heures avec un conseiller ni de remplir de document. Quelques connexions par an suffisent pour effectuer les corrections voulues ou changer un paramètre.»

les clients sont plus confiants que les gérants

Les clients HNWI ont une propension bien plus importante à vouloir utiliser les robo-advisor par rapport aux gérants

  • HNWI
  • Wealth Manager

Pour le client individuel, la procédure pour accéder à un service de robo-advising en ligne est la même que pour s’inscrire chez un broker internet. Inscription, vérification d’identité par des clés informatiques, etc. Ce qui diffère, c’est le questionnaire qui permet au programme de cerner le profil de risque et de travailler en fonction des souhaits du client. Tony Nüscheler poursuit: «L’avantage, c’est que l’on est certain que ses placements sont optimisés. L’inconvénient en revanche, c’est qu’à chaque modification du portefeuille, la boîte mail de l’utilisateur est submergée de messages d’information.»

Nicolas Dénervaud,
Partenaire chez Finstoy à Lausanne

L’intelligence artificielle ouvre aussi de nouvelles perspectives aux professionnels de la gestion de fortune. Partenaire chez Finstoy à Lausanne, Nicolas Dénervaud se profile comme l’un des pionniers romands de ce domaine. Finstoy utilise la plateforme robo-advisory de Swissquote en «white label» ou marque blanche, c’est-à-dire que la société vend en son nom les prestations du robo-advisor développé par Swissquote. Finstoy propose à la clientèle différents types de mandats déclinés en fonction des possibilités de la plateforme. Nicolas Dénervaud a coutume de dire: «La plateforme robo-advisory, c’est comme une F1. Il faut un pilote à la hauteur des possibilités de la mécanique.»

Les entreprises sont de moins
en moins réticentes

Part des entreprises qui accepteraient de recourir à des robo-advisors de banque aux Etats-Unis

Petites entreprises

Moyennes entreprises

En clair: l’étendue des données couverte par le système robo-advisory est telle qu’il vaut la peine de recourir à un professionnel pour les exploiter pleinement. En forçant à peine le trait, disons qu’un gérant traditionnel va mettre des titres Nestlé et Novartis dans le portefeuille du client puis ne plus bouger durant trois ans tout en prélevant 1% de commission de gestion par année. Pour le même tarif, le robo-advisor fait de la gestion active en fonction de critères arrêtés par le client. «En trois minutes, la machine est capable de produire les mêmes résultats qu’une équipe d’analystes au travail durant un mois», estime Nicolas Dénervaud. L’outil d’intelligence artificielle peut ainsi trouver en quelques instants toutes les sociétés qui répondent, par exemple, aux conditions suivantes: Grande-Bretagne, secteur technologique, compagnie en croissance, pas d’endettement.

100% rationnel

L’absence d’émotion propre à la machine facilite bien sûr la gestion des risques. Une fois que le niveau de pertes acceptable est défini par le client, le robo-advisor interviendra de manière automatique pour contrôler ce risque en tout temps. Une froideur appréciable en regard de l’irrationalité qui peut saisir l’investisseur le plus raisonnable lorsque les marchés font des montagnes russes. Cette nouvelle approche éveille aussi la curiosité de la clientèle institutionnelle. Swissquote et Finstoy sont en train de mettre sur pied un fonds de placement destiné à ce segment.

Le juge final reste le client

Dr. Serge Kassibrakis répond aux questions de Thomas Veillet.

Et dans le futur?

Et dans le futur?

Les robo-advisors vont-ils évoluer jusqu’à se passer complètement des humains? Rencontre avec Quantenstein, la première intelligence artificielle Swiss made qui a appris à choisir toute seule les actions qu’elle achète et vend.

Les robo-advisors vont-ils évoluer jusqu’à se passer complètement des humains? Rencontre avec Quantenstein, la première intelligence artificielle Swiss made qui a appris à choisir toute seule les actions qu’elle achète et vend.

Elle s’appelle Quantenstein, mais la première intelligence artificielle (IA) Swiss made à choisir seule les actions qu’elle achète et vend aurait aussi bien pu être baptisée Warren. Sa stratégie de «value investing» est, en effet, inspirée de celle du célèbre financier américain Warren Buffett.

Contrairement aux robo-advisors, qui calibrent un portefeuille financier en fonction des objectifs et de la tolérance au risque de leurs utilisateurs, Quantenstein n’a qu’un but: le profit. Et pour l’atteindre, elle utilise les technologies développées par un institut tessinois qui équipe déjà les traducteurs automatiques de Facebook et de Google: l’Istituto dalle molle di studi sull’intelligenza artificiale (IDSIA). C’est dans ce laboratoire de recherche en intelligence artificielle que le professeur Jürgen Schmidhuber et son équipe développent depuis les années 1990 des techniques qui ont fait passer le nombre de couches de calculs des réseaux de neurones de l’IA de la dizaine à des milliers (profondeur pour laquelle on parle de deep learning).

«

Depuis août 2017, les cinq plus grandes compagnies informatiques du monde utilisent les réseaux de neurones de deep learning développés par mon labo et en particulier notre algorithme dit de Long Short-Term Memory (LSTM). Ce dernier se retrouve ainsi sur 3 milliards de smartphones»

Jürgen Schmidhuber, codirecteur de l’IDSIA

«

Depuis août 2017, les cinq plus grandes compagnies informatiques du monde utilisent les réseaux de neurones de deep learning développés par mon labo et en particulier notre algorithme dit de Long Short-Term Memory (LSTM). Ce dernier se retrouve ainsi sur 3 milliards de smartphones»

Jürgen Schmidhuber, codirecteur de l’IDSIA

«La finance est un bon terrain d’entraînement»

Avant même d’avoir obtenu cette reconnaissance, Jürgen Schmidhuber et ses collaborateurs ont créé en 2014 la startup Nnaisense pour trouver de nouvelles applications à leurs programmes d’IA et y ajouter d’autres outils. «La finance nous a très vite intéressés parce qu’elle est un bon terrain d’entraînement pour nos technologies», explique Jonathan Masci, directeur du deep learning chez Nnaisense. Développé par Nnaisense en parallèle à d’autres applications d’IA générale, Quantenstein va plus loin que les robo-advisors usuels. Cette IA ne se contente pas de livrer des conseils à un humain mais effectue en toute autonomie ses choix d’investissement.

Jonathan Masci,
directeur du deep learning chez Nnaisense

Jonathan Masci en explique le fonctionnement. «Au départ, on lui donne un certain nombre de critères comme d’avoir 50 entreprises différentes dans le portefeuille ou de ne pas investir dans certains secteurs.» «Le programme est assez stupide au début mais sa caractéristique est d’apprendre pour devenir autonome, poursuit Jürgen Schmidhuber. Si bien qu’à un moment le système a suffisamment évolué pour effectuer ses actions en circuit fermé. L’IA apprend progressivement à minimiser la différence entre ses prédictions et la vérité. C’est le machine learning.»

Trompée par les tweets de Trump

Quel niveau d’efficacité atteint l’intelligence de Quantenstein? Signe plutôt rassurant, Jonathan Masci n’affirme pas des performances invraisemblables. «La performance reste pour l’heure 2% en dessous de celle de l’indice de référence MSCI.» Cela dit, le système progresse : «Quantenstein balaie en permanence des tonnes de données, y compris celles peu structurées des fils de nouvelles. Mais il a encore du mal à réagir à des nouvelles irrationnelles comme un tweet de Trump qui va faire bouger le marché. Le feed-back des médias sociaux reste très difficile à modéliser.»

De fait, même s’il y a encore beaucoup d’opacité dans l’usage financier de l’IA, un certain nombre de signaux indiquent la montée en puissance de ses applications. Par exemple, Bloomberg indique que depuis 2015, le trading effectué par des IA contribue à presque la moitié des profits d’un fonds vedette de Man Group, l’AHL Dimension Programme. Et le célèbre gérant de hedge funds Steve Cohen a investi 252 millions de dollars dans la startup d’IA financière Quantopian.

Une gestion 100% digitalisée?

Réponses au sondage: «D’ici à cinq ans, dans quelle proportion pensez-vous que votre relation avec la gestion de votre fortune sera entièrement ou essentiellement digitalisée?»

Clients HNWI (possédant plus de 1 million de dollars) de

Source: CapGemini 2017

Quelques inconnues

Reste que, comme le remarque Jonathan Masci, «il y a beaucoup de buzz autour de l’intelligence artificielle en finance, si bien qu’il est difficile de savoir si telle ou telle annonce est autre chose qu’une pirouette de relations publiques».

De plus, si les IA financières se multiplient, comment vont-elles réagir en cas de crise financière? «C’est une grande difficulté dans la mesure où les données manquent pour détecter les crises», reconnaît Jürgen Schmidhuber.

A cela s’ajoute un dernier obstacle. Sur les marchés financiers, tous les participants cherchent des formes d’arbitrage en détectant des caractéristiques que les autres n’ont pas identifiées. Si les IA se généralisent, les marchés pourraient devenir superefficients et rendre la quête de l’alpha (la surperformance) élusive. Sauf peut-être en y réintroduisant cet irrationnel qui est le propre de l’être humain?

Des évolutions à suivre attentivement

D’après un rapport du cabinet de recherche MyPrivateBanking, 10% de la richesse totale investissable dans le monde en 2025 sera gérée sous forme «hybride», mêlant automatisation et gestion humaine.

Pour Pierre-François Donzé, gérant discrétionnaire à la Banque Bonhôte & Cie, l’une des failles des robo-advisors est que les clients/utilisateurs ne savent souvent pas toujours exactement ce qu’ils veulent… C’est là où le gérant de fortune a une valeur ajoutée, pour le conseiller en fonction de son profil et de son évolution. Le gestionnaire relève également un aspect psychologique intéressant. «Dans le cas d’un mandat de gestion de fortune, le client ne délègue pas seulement la gestion, mais aussi la responsabilité! Le client peut alors confronter le gérant à sa performance et le questionner sur ses choix. Ce qu’il ne peut pas faire avec un robo-advisor.» Pierre-François Donzé reste toutefois attentif à l’évolution de ces technologies: «si les robo-advisors intègrent de l’intelligence artificielle et sont capables de s’adapter, cela peut apporter une diversification bienvenue et des points de vue différents».

Une analyse que partage Michel Juvet, associé du groupe bancaire Bordier. «Ce qui va changer la donne, c’est surtout l’intelligence artificielle qui pourrait être intégrée dans les robo-advisors, qui seraient alors auto-apprenants et s’adapteraient aux conditions de marché. Mais nous n’y sommes pas encore.»

Auteurs
Fabrice Delaye
Marjorie Théry
Mary Vakaridis
Myret Zaki

Vidéo
Rebecca Garcia
Marjorie Théry

Rédaction en chef
Myret Zaki

Direction artistique
Charlène Martin

Édition
Inès Girod

Intégration/
Développement

Geoffrey Raposo

Contact
Rédaction Bilan
11, rue des rois
1204 Genève
Tél. +41 22 322 36 36
bilan@bilan.ch

Publicité
Tamedia SA
Tamedia Advertising
Avenue de la Gare 33
Case Postale
1001 Lausanne
Tél. +41 21 349 50 50
annonces@bilan.ch