Tous acteurs de notre santé

Bilan
Hirslanden - Clinique La Colline

Une pomme tous les matins éloigne le médecin, assure le dicton. Aujourd'hui, chacun de nous dispose de bien plus de leviers pour non seulement prévenir les maladies, mais également pour se soigner ou faire baisser les coûts.

Prévenir les maladies

Un quart de la population suisse est touchée par une maladie non transmissible comme le cancer ou le diabète. Adopter un mode de vie plus sain peut aider à lutter contre ces maladies. Une tendance d’ailleurs encouragée par les assureurs.

Le cancer, le diabète, les maladies cardio-vasculaires et les affections chroniques des voies respiratoires constituent les principales causes de décès prématuré en Suisse, occasionnant beaucoup de souffrances chez les personnes concernées et leurs proches. Toute la population est ainsi encouragée à adopter un style de vie propice à la santé, via notamment la nutrition et le sport.

Les maladies non transmissibles, ce sont:

  • Le cancer
  • Le diabète
  • Les maladies cardio-vasculaires
  • Les affections chroniques des voies respiratoires
  • Les troubles musculo-squelettiques
  • La démence

Elles sont responsables des décès prématurés (avant l’âge de 70 ans) chez:

50% des hommes

60% des femmes

Ces six maladies non transmissibles occasionnent:

41%

des dépenses totales de santé

Faire du sport…

Tout le monde peut pratiquer une activité sportive. De nombreux médecins sont d’accord sur la question: même ceux qui n’aiment pas courir peuvent trouver chaussure à leur pied. Le mobilier urbain installé un peu partout en Suisse romande est un encouragement en ce sens, tout comme les cours de sport en plein air et les invitations à bouger de part et d’autre.

En termes d’activité physique, «il y a une palette de choix», plaide Hicham Montasser, fondateur et président de la Sports Academy à Lausanne. L’important est de parvenir à pratiquer correctement. Si l’appel aux spécialistes arrive souvent au moment des blessures, de plus en plus de personnes cherchent justement à s’entourer de professionnels avant, afin de prévenir les douleurs. «Nous aidons parfois les personnes à répartir de façon adéquate leurs différents entraînements de la semaine, que ce soit en termes d’intensité ou de temps. Cela leur permet de gagner en qualité et d’éviter des surcharges qui peuvent encore une fois amener à des blessures», explique Jeremy Barfuss, coordinateur du projet médecine du sport au sein du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe).

Chacun doit aller à son rythme, et tant pis pour la course aux chiffres. «Il existe de superinstruments de mesure, mais tous ne savent pas quoi en faire», confie Jeremy Barfuss. La fréquence cardiaque, l’allure, les zones d’efforts ou la puissance (pour les cyclistes) sont autant de données qu’il faut savoir interpréter. «La digitalisation rend accessibles toutes les informations et toutes les performances, et tout semble devenir possible à chacun», glisse Bruno Paillat, physiothérapeute du sport et directeur d’exploitation du centre VidyFit. Mais attention à ne pas vouloir trop en faire, le risque blessure est grand.

Quelle activité sportive selon son âge?

…Manger mieux…

Mais pour être en forme, l’exercice seul ne suffit pas. «La bonne forme est une notion plus complexe, elle vise à combiner aujourd’hui une pratique sportive saine, sans excès, une alimentation équilibrée, et des plages de récupération. On voit dès lors que le rythme de vie actuel nous oblige à faire des concessions sur tel ou tel paramètre, car le temps manque!», affirme Bruno Paillat, de VidyFit.

Pour se mettre en jambes et manger sainement, il existe pléthore de conseils et de ressources en ligne, mais il ne faut pas pour autant écouter n’importe qui. «Des mythes circulent. Ce que l’on voit en nutrition du sport est fou», observe ainsi Jeremy Barfuss, du RHNe.

Les spécialistes de la santé préconisent régulièrement le bon sens chez leurs patients. La nutrition est, par exemple, un incontournable pour les personnes qui se remettent en forme. «Elle a été mise sous microscope, ce qui a créé de nombreuses tendances», explique Hicham Montasser. Le fondateur de Sports Academy met toutefois en garde: «Il faut garder une certaine simplicité.» Les recettes ou gélules miracle sont à proscrire, d’après lui. «Les personnes veulent tricher, alors qu’il suffit de revenir aux bases: manger équilibré, boire de l’eau et dormir», conclut Benjamin Aebischer. Les bases ? Pour ceux qui les auraient oubliées, le site de la Société suisse de nutrition fourmille d’explications et de bons conseils.

Une alimentation équilibrée selon la pyramide alimentaire suisse

Pyramide alimentaire

…Et faire des économies

Une bonne hygiène de vie prévient donc certaines maladies. Elle a également un effet indirect très intéressant pour les acteurs de la santé : réduire les coûts engendrés par ces mêmes pathologies. Certains assureurs encouragent ainsi leurs assurés à se prendre en main dans le domaine de la prévention.

Par exemple, la CSS Assurance lançait il y a quelques années la campagne MyStep, qui récompense l’activité physique. Dès qu’ils effectuent 10 000 pas quotidiens, ses assurés sont crédités d’un bonus de 40 centimes par jour ou 146 francs au maximum par an. Sur une base volontaire, l’opération nécessite une montre connectée enregistrant les pas. La participation a dépassé les attentes. Il faut dire que ceux qui jouent le jeu sont en général en bonne santé. La direction de la CSS se dit convaincue que «qu’un comportement sain doit être récompensé. De telles offres doivent cependant toujours rester l’objet d’un choix libre.»

De son côté, le Groupe Mutuel à Martigny travaille aussi le volet prévention, via les nouvelles technologies. L’assureur cherche notamment à restreindre les conséquences néfastes du diabète, en donnant des conseils diététiques. De même dans le domaine de l’équilibre mental où les dépressions et les suicides font des dégâts accrus cette année avec les conséquences du confinement. «Globalement, il s’agit de prévenir telle ou telle maladie en fonction des risques courus, précise la direction du Groupe Mutuel. Prendre régulièrement sa tension ou son rythme cardiaque avec son smartphone devient de plus en plus courant.

Onze applis pour surveiller sa santé

Des centaines de milliers de solutions numériques existent, qui se vantent d’améliorer notre vie médicale. Combien sont-elles vraiment fiables? Bilan a consulté les experts afin de pouvoir en recommander onze. A noter qu’aucune ne remplace la consultation chez un professionnel.

Bilan a consulté les experts afin de pouvoir en recommander onze, présentées ci-dessous.

Des consultations à la carte

Lorsqu’il tombe malade, le patient d’aujourd’hui veut être soigné tout de suite, sans avoir à se préoccuper d’un rendez-vous préalable, et dans le périmètre de ses trajets quotidiens, voire sans se déplacer. De plus en plus de solutions sont à son service.

Ces dernières années, toutes sortes d’outils de médecine à distance ont été mis sur pied. Avec la crise du coronavirus, ces dispositifs se sont retrouvés sous le feu des projecteurs et le public s’est massivement tourné vers ces solutions alternatives. Leur expansion est d’autant plus un défi crucial que la moitié des médecins de famille sont appelés à prendre leur retraite en Suisse d’ici à 2030.

Eviter une consultation non indispensable

Avant tout, il n’est pas toujours nécessaire de se rendre immédiatement chez le médecin, au vu des symptômes. Il existe par exemple une plateforme numérique, développée par l’assureur CSS, qui aide l’utilisateur à déterminer l’intérêt et l’urgence d’une consultation. Fondée sur des études scientifiques de l’Institut de médecine de famille de l’Université de Berne, l’application myGuide pose une série de questions interactives sur le problème médical de l’utilisateur. Puis elle indique dans quel délai il faudrait ou non consulter un professionnel. Le cas échéant, l’utilisateur reçoit des conseils pour se soigner lui-même. La CSS a compté près de 150 000 visiteurs.

Autre solution, lancée à titre expérimental en avril 2020 par le groupe valaisan Mutuel: l’application digitale MyHealthCheck. Accessible à tout le monde et pas seulement à ses assurés, elle permet de procéder à un diagnostic à distance pour toutes les affections bénignes (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7). L’utilisateur évite ainsi des visites inutiles chez le médecin et peut passer directement à l’achat éventuel de médicaments en ligne. En remplissant le questionnaire, qui varie en fonction des symptômes, l’utilisateur obtient des résultats immédiats. L’application prévoit également un kit sanguin, où l’utilisateur, en déposant une goutte de sang sur une petite bandelette, sait s’il doit ou non aller consulter.

Des médecins au téléphone, 24 h/24

Les utilisateurs qui préfèrent les interactions humaines peuvent se tourner plutôt vers un centre d’appels. En fonction depuis une vingtaine d’années déjà, Medgate et Medi24, tous deux basés en Suisse alémanique, se partagent l’essentiel du marché. Ces centres jouent le même rôle qu’un cabinet HMO ou que le médecin généraliste dans la souscription d’un modèle d’assurance alternatif, plus avantageux pour l’assuré.

Medgate et Medi24 affichent chacune un taux de 50% de cas résolus par un simple appel, sans consultation chez un médecin. Les interlocuteurs répondent en français aux patients mais sont souvent de langue maternelle allemande. Fonctionnant 24 heures sur 24, les deux centres d’appels répondent en priorité aux questions de médecine générale et de pédiatrie.

Daniel Liedtke, CEO du groupe Hirslanden
«L’alliance avec Medbase crée une valeur ajoutée pour les patients. (…) La mise en réseau cohérente d’un large éventail d’offres de services complémentaires est essentielle pour un système de soins de santé abordable, efficace et fonctionnel.» Daniel Liedtke, CEO du groupe Hirslanden, basé à Zurich, qui a conclu en 2020 un partenariat avec le réseau de cabinets médicaux du groupe Migros.

Chez Medgate, par exemple, il s’agit typiquement de cas de conjonctivite, varicelle, rhume et infection urinaire, rapporte Céline Klauser, porte-parole. Basée à Bâle et fondée en 1999, Medgate a pour partenaires de nombreuses assurances-maladie comme Assura, Sanitas ou Swica. Ce sont des médecins qui répondent aux appels. Le central assure en outre la permanence téléphonique pour les districts de la Sarine et du Lac dans le canton de Fribourg. Medgate gère aussi le service de garde pour les urgences pédiatriques et la Clinique pour enfants Wildermeth à Bienne. «Nous avons récemment lancé une plateforme vidéo à destination des hôpitaux et des médecins qui peuvent y recourir pour des consultations à distance», ajoute Céline Klauser.

Egalement lancée en 1999, Medi24 appartient au géant de services d’assistance allemand Allianz Partners et collabore avec les caisses Helsana, Groupe Mutuel ou encore CSS et Visana, ces deux dernières coopérant aussi avec Medgate. Medi24 a recruté du personnel infirmier afin de faire le tri des cas en fonction de leur gravité. L’appelant ne consulte un médecin qu’en cas de réelle nécessité. Beatrice Stauffer, assistante de direction chez Medi24, affirme: «La télémédecine est une tendance en hausse en Suisse. Nous prévoyons une croissance moyenne de 7% annuelle pour les exercices qui viennent.»

Des ordonnances sans se déplacer

Soignez-moi

Plus récemment, d’autres formules fonctionnant sur le même principe ont été mises sur le marché, dans le cadre d’initiatives privées. Telle la plateforme soignez-moi.ch, lancée par un groupe de médecins et d’investisseurs indépendants en octobre 2019. Son cœur de cible : les assurés qui ont juste besoin d’une ordonnance. Le patient remplit un questionnaire en ligne, puis est rappelé dans l’heure par un médecin. Basée à Berne et couvrant la région biennoise, soignez-moi.ch a étendu ses activités à l’ensemble de la Suisse romande à l’automne 2020. La médecine traditionnelle se montre avide de collaborations avec ce type de plateformes. Le central soignez-moi gère ainsi les appels adressés aux urgences de l’Hôpital de La Tour à Meyrin et le site internet du centre hospitalier de Bienne.

Des consultations par vidéo

Consultation

La télémédecine inspire aussi des projets de startups. Dopée par la pandémie de Covid-19, OneDoc, spécialisé dans la prise de rendez-vous médicaux en ligne, a ainsi lancé un module de consultation vidéo à la sécurité renforcée qui pallie les risques de piratage. Lancée en 2017 par deux diplômés de l’EPFL, la startup suisse compte parmi ses partenaires Medbase (groupe Migros), Hirslanden, les HUG, Arsanté, Magellan ou encore Swiss Medical Networks.

Des centres médicaux très accessibles

Sur le terrain des consultations présentielles, la médecine s’exerce auprès d’une part toujours plus importante de patients par le biais de centres médicaux qui se multiplient dans le pays. Offrant des horaires étendus et situés dans des centres et des lieux de passage comme les gares, ces structures répondent aux impératifs pratiques d’une clientèle urbaine.

La santé est en effet devenue un secteur économique comme un autre, attirant des acteurs inattendus comme Migros (Medbase) ou Swisscom (Medgate). Gros acteur dans le domaine, Medbase exploite ainsi plus d’une centaine de sites, centres médicaux et pharmacies en Suisse. L’entreprise fondée en 2001 à Winterthour gère notamment les centres médicaux de Cornavin à Genève, des gares de Lausanne, Lausanne Malley, Vevey et Zurich. Doivent suivre en Suisse romande des ouvertures à Lancy Pont-Rouge, Renens et Fribourg. Au printemps 2020, Medbase a par ailleurs élargi son offre médicale à la médecine dentaire par le rachat du groupe zahnarztzentrum.ch, fort de quelque 300 dentistes sur une trentaine de sites helvétiques.

Des soins en équipe

Le rétablissement des patients est optimisé lorsqu’ils sont impliqués dans leur parcours de soin et que tous les professionnels collaborent entre eux. La preuve, via quelques exemples.

«Alors que la médecine ne cesse de se complexifier, le décloisonnement entre spécialités médicales s’impose afin d’assurer la meilleure prise en charge possible pour le patient», déclare Cédric Bossart, directeur de Hirslanden Clinique Bois-Cerf à Lausanne.

Genou

Orthopédie: retrouver sa mobilité

Le patient qui a subi une opération de la hanche, du genou ou de l’épaule quitte encore souvent l’hôpital alors que son rétablissement complet se profile à un horizon bien plus lointain. La mobilité est loin d’être optimale, des douleurs subsistent et de nombreux mouvements sont à réapprendre.

C’est pour combler cette lacune que la Clinique Bois-Cerf, à Lausanne, a mis sur pied un programme «Retour à la vie active». Celui-ci repose sur une collaboration entre médecin et personnel soignant et implique le patient dans sa prise en charge. L’objectif principal est de donner à la personne toutes les informations nécessaires afin qu’elle puisse interagir en connaissance de cause avec les thérapeutes, progresser en confiance et prendre conscience de ses progrès.

Dès la consultation chez le médecin, le patient reçoit une documentation et un accès à un compte privé sur le site vieactive.ch où il trouvera des informations sous la forme de vidéos et des exercices de rééducation. Une fois que le patient est de retour chez lui, il reçoit les comptes rendus de son séjour, de même que des exercices de rééducation personnalisés. «Les résultats démontrent que le programme permet au patient d’améliorer sa rééducation. En outre, les outils et indications fournis après la sortie de l’hôpital réduisent les risques de complications», indique le corps médical attaché au projet «Retour à la vie active».

Un nouveau centre d’urgences orthopédiques à Lausanne accompagne les patients de la blessure à la guérison, dans une seule structure.

Leila Belkhiter-Manfé, spécialiste clinique en oncologie à Lausanne.

Leila Belkhiter-Manfé, spécialiste clinique en oncologie à Lausanne.

Lutter contre le cancer

L’oncologie est un domaine qui se prête particulièrement à la pluridisciplinarité. Afin d’accompagner les patients, un profil spécifique de poste a ainsi été créé dans plusieurs hôpitaux et cliniques privées. Leila Belkhiter-Manfé occupe cette mission pour le groupe Hirslanden: «Je suis une sorte de fil conducteur des patients à qui on annonce un cancer. Je les guide pour arriver au bout de leur parcours de soin», explique-t-elle. La mort qu’elle côtoie régulièrement ne lui fait pas peur. Au contraire. «Cela peut paraître choquant mais face à une perte totale d’autonomie, la fin de vie est une délivrance, une bonne solution. Je l’explique aux familles. Elles doivent libérer les mourants et les laisser s’en aller», poursuit celle qui travaille beaucoup en réseau, avec des psy-oncologues, des sexologues ou des assistants sociaux mais aussi les chirurgiens et les oncologues.

Comme le cancer peut métastaser quasiment dans toutes les parties du corps, l’oncologie doit idéalement être abordée de manière interdisciplinaire. Ces dernières années ont donc vu naître dans les hôpitaux des Tumour Boards qui institutionnalisent les échanges entre spécialistes. Ensemble, pathologistes, gynécologues et radiologues diagnostiquent. Puis les chirurgiens, oncologues et radiothérapeutes soignent. Le Tumour Centre Hirslanden Zurich compte ainsi cinq Boards sur différents thèmes, dont le cancer du sein ou les maladies du sang.

Cédric Bossart, directeur de Hirslanden Clinique Bois-Cerf à Lausanne
«L’interdisciplinarité s’inscrit dans le principe du continuum of care que nous appliquons au sein du groupe Hirslanden. Notre objectif est d’offrir des services médicaux qui s’étendent sur la vie entière, de la naissance à l’envie de devenir parent, jusqu’aux soins adaptés au grand âge.» Cédric Bossart, directeur de Hirslanden Clinique Bois-Cerf à Lausanne

Devenir parents

Genou

À Genève, la Clinique des Grangettes se distingue également par ses compétences multidisciplinaires, mais dans le domaine de la maternité. Le centre Babyimpulse y a vu le jour en 2015 pour prendre en charge des couples confrontés à des problèmes d’infertilité, en établissant des ponts entre différentes communautés médicales et scientifiques. L’interdisciplinarité se concrétise par l’accompagnement de spécialistes en sexologie, psychologie, acupuncture et médecine ayurvédique.

La Clinique des Grangettes comprend en outre un Centre Brazelton qui a pour vocation de promouvoir le meilleur départ possible d’une famille dans la vie. Cette association à but non lucratif y a été fondée en 1998. Il s’agit, dès les premiers jours, d’établir une relation harmonieuse entre les parents et l’enfant. Des professionnels enseignent aux parents les compétences du bébé en leur donnant des moyens de comprendre sa personnalité. Il existe neuf Centres Brazelton en Europe, intégrés à un réseau mondial basé à Boston, aux Etats-Unis.

Faire baisser les coûts

Réduire la consommation, contrôler les factures, adhérer au dossier électronique: le patient dispose des leviers nécessaires pour accroître son poids dans le système de santé.

On a pendant trop longtemps ignoré son rôle! Avec la hausse continue des primes de l’assurance obligatoire des soins qui devient de plus en plus insupportable pour la classe moyenne, les acteurs politiques et économiques prennent conscience que le patient est au cœur du système de santé.

Celui-ci est tout d’abord un consommateur de soins. Dans une étude publiée en automne 2019, la caisse-maladie Helsana a montré que c’est le volume de consommation qui explique la hausse de 25% à 32 milliards de francs des prestations brutes de l’assurance de base entre 2012 et 2017. Or, il est possible de réduire ces coûts.

Premier axe: combattre la surmédicalisation

Pour réduire le nombre d’actes médicaux superflus qui représente environ un cinquième du total des traitements, il faut à la fois sensibiliser les prestataires de soins et le patient-assuré. Créée en juin 2017, l’association faîtière Smarter Medicine – Choosing Wisely Switzerland vise à impliquer les différentes parties afin «d’améliorer la qualité des soins, conformément à la devise qu’en médecine, moins peut aussi être plus».

Deuxième axe: diffuser les factures

En septembre 2020, le Conseil des Etats s’est prononcé en faveur de la transmission obligatoire par le fournisseur de soins d’une copie à tous les patients qui sont assurés en tiers payant (dans ce modèle, la caisse-maladie règle directement le prestataire). L’objectif est d’éviter la facturation de coûts médicaux injustifiés. Mais la chambre haute a refusé de franchir un pas supplémentaire en permettant à l’assuré de mandater une association de patients afin de le soutenir dans cette démarche souvent difficile en raison de la complexité des tarifs médicaux. Cette mesure répond pourtant à un besoin: le nombre de demandes d’aide adressées à la Fédération suisse des patients (FSP) a doublé entre 2016 et 2019.

Troisième axe: le dossier électronique

La numérisation de la santé renforce aussi progressivement le poids du patient. Avec le dossier électronique, il pourra accéder en tout temps à ses propres données médicales et permettre aux professionnels de la santé de son choix d’y avoir recours pour mieux le soigner. Ce système aura le double avantage d’améliorer la qualité de la prise en charge et de diminuer le coût des traitements grâce à la réduction du nombre d’actes médicaux.

Quatrième axe: des consultations à distance

Les caisses-maladie cherchent elles aussi à contrôler l’explosion des coûts de la santé. L’assuré de base peut ainsi contenir le coût des primes en contactant des centres de services médicaux, tels Medgate ou Medi24, plutôt que d’appeler directement un praticien: cette formule est jusqu’à 20% meilleur marché pour l’assurance de base. Attention, elle n’inclut pas les consultations aux urgences, chez l’ophtalmologue et le gynécologue. Autre solution: utiliser la télémédecine. Directrice générale de la plateforme de consultation en ligne soignez-moi, Carole Matzinger explique: «Les assurés qui ont juste besoin d’une ordonnance, sans avoir besoin d’une consultation, constituent notre cœur de cible. Les patients peuvent ainsi éviter les frais d’une consultation qui leur incombent souvent entièrement, car ils demeurent sous le seuil de la franchise.» Si le cas est réglé sans nécessité d’envoyer le patient en consultation, la plateforme facturera 39 francs. Le service reste gratuit si l’utilisateur est dirigé vers son médecin traitant.

Cinquième axe: les soins en fin de vie

C’est également au niveau des soins à prodiguer en fin de vie que le choix du patient s’est élargi. L’introduction des directives anticipées dans le Code civil en 2014 a permis de promouvoir le droit à l’autodétermination. Toute personne peut fixer à l’avance les traitements médicaux qu’elle souhaite ou qu’elle refuse au cas où elle n’aurait plus la faculté d’exprimer sa volonté. Cette démarche permet aux médecins d’agir en fonction de la volonté du patient et aux proches d’être déchargés de décisions difficiles à prendre. Avec la pandémie de coronavirus, ce droit de choisir les soins à prodiguer a pris une nouvelle dimension.

Sixième axe: affirmer les droits des patients

«Autrefois passif, le patient est devenu progressivement actif. Nous saluons cette évolution, mais celle-ci doit se poursuivre», affirme Baptiste Hurni, président de la section romande de la Fédération suisse des patients (FSP) et conseiller national socialiste. Nous estimons qu’il doit être représenté à tous les échelons du système de santé (hôpitaux, caisses-maladie, commissions d’experts, etc.)»

La FSP exige également une reconnaissance légale de ses activités afin qu’elle puisse défendre les patients dans les litiges qui l’opposent aux acteurs de la santé.

«La responsabilité est collective
dans la hausse des coûts»

Thomas Boyer est à la tête du Groupe Mutuel à Martigny, l’un des trois plus importants assureurs-maladie de Suisse.