Dans la peau
d'un(e) athète

Veuillez tourner votre tablette
en mode paysage

Dans la peau
d’un(e) athlète

Let's go!

Le boom de
la médecine du sport

Le boom de la médecine du sport

La pratique du sport connaît un vaste essor populaire. Avec le boom des compétitions extrêmes et l’entrée en masse des femmes et des seniors dans des activités comme la course à pied, un vaste public fait jour qui prend très au sérieux sa forme physique: comment améliorer ses performances, bien se nourrir, éviter les blessures... Face à ces préoccupations, la médecine du sport devient de plus en plus efficace.

Un suivi comme les pros

« Nous aidons les individus à tirer le meilleur de leur sport »

A Genève, Hirslanden Clinique la Colline ambitionne d’offrir une médecine du sport à la fois préventive et thérapeutique, dont la qualité pourra être mesurée de façon transparente.

Stéphan Studer, directeur de la clinique La Colline, a été nommé le 1er octobre «regional operating officer». Lui-même ex-sportif, il dirige désormais les huit cliniques de Suisse occidentale du groupe Hirslanden (deux à Genève, deux à Lausanne, trois à Berne et une à Bienne).
Il note que la médecine du sport est en plein boom en Suisse romande, avec un nombre de consultations qui a décuplé en dix ans et six fois plus de consultations en physiothérapie sur la même période. C’est pour répondre à cette demande qu’est né le projet de Centre de médecine du sport et de l’exercice (CMSE), qui sera inauguré en mars 2019 : «La clinique dispose d’une spécialité en orthopédie et traumatologie. La médecine du sport se veut préventive. Cela faisait sens d’offrir en amont des spécialités et des services en termes de prévention. Ensuite, on assure un suivi du patient avec prise en charge globale. Cela va donc de la prévention à l’intervention chirurgicale, offrant un écosystème complet.» Avec la mise en place du centre, 6 médecins du sport ont rejoint le groupe, et l’équipe physio est appelée à grandir.
Les clients ciblés par le centre de La Colline sont aussi bien les athlètes et sportifs d’élite que les amateurs, qui vont souvent rechercher les performances des athlètes. Et toute personne qui veut une remise en forme. Ou un sportif régulier qui veut éviter les problèmes musculaires. «Les sportifs d’élite qui sont des stars renommées représentent en réalité 1% de nos patients mais nous poussent à hisser la pratique au plus haut niveau», souligne le chef des opérations.

Stéphan Studer
Stéphan Studer, directeur de la Clinique La Colline et Regional Operating Officer du groupe Hirslanden

Le suivi se fait de manière individuelle et sur mesure, précise-t-il. «Dans une société où on mesure de plus en plus notre performance de santé, la grande majorité des individus qui vont avoir une activité physique visent à être en bonne santé. Nous allons les aider à avoir une activité physique bien pensée et bien planifiée pour tirer le meilleur de leur sport et éviter les blessures musculaires, osseuses. Un plan d’entraînement peut être mis en place. Pour chaque patient, le programme peut être taillé selon ses besoins. Il peut souhaiter un planning d’entraînement, se fixer un objectif quantifiable, faire en sorte d’éviter les blessures, rétablir une activité biomécanique. La prise en charge sera spécifique, et auparavant une écoute du patient sera nécessaire pour élaborer une stratégie préventive ou thérapeutique.»
Certes, tout cela a son prix, et les assurances ne couvrent pas les soins préventifs. «C’est au patient de les payer de sa poche, mais les gens sont de plus en plus prêts à investir, pour rester en forme, dans la prévention et aussi au niveau médical.» Le directeur régional du groupe Hirslanden estime que les coûts baisseront avec l’accroissement des volumes et l’amélioration de la santé globale. «Dans un monde idéal, si tout le monde fait du sport, il y aura moins de malades et moins de coûts. Ce n’est pas un luxe d’être en bonne santé!»

Stéphan Studer:
« Nous voulons être précurseurs dans les indicateurs de
qualité »

0%
des personnes âgées de 15 à 74 ans déclarent pratiquer un sport au moins une fois par semaine.

0%
des Suisses disent faire du sport plusieurs fois par semaine, trois heures ou plus au total.

Stéphan Studer, entre les bancs du stade et ceux de l'Uni

Stéphan Studer devient arbitre de football pour gagner un peu d’argent. Mais très vite, il y prend goût, jusqu’à intervenir au niveau international dans une soixantaine de matches, dont quelques-uns en Coupe du monde, plusieurs en Champions League. Il figure parmi les 40 meilleurs arbitres européens, puis arrête en 2015 après avoir rejoint la Clinique la Colline. Il continue néanmoins à commenter le sport pour la RTS. Il coache en outre de jeunes arbitres dans le canton de Vaud et pratique régulièrement le footing, le ski, le tennis ou encore le golf.
Stéphan Studer exerce d’abord comme physio, puis étudie les sciences sociales à l’Université de Lausanne. Il travaille ensuite à l’Hôpital orthopédique de Lausanne où il organise la fusion avec le CHUV pour créer le département de l’appareil locomoteur. Il œuvre sept ans au CHUV, notamment comme directeur de ce département et de celui des neurosciences cliniques, cela parallèlement à sa carrière d’arbitre. Il trouve encore le temps de décrocher un MBA à l’Université de Genève, et en 2017 un CAS en Health Management à Saint-Gall.

La médecine connectée

Chez les sportifs de haut niveau et auprès de plus en plus d’amateurs, le recours aux objets connectés esquisse les contours de la santé du futur.
Ainsi, les traqueurs FieldWiz, de l’entreprise lausannoise Advanced Sport Instruments, sont devenus cet été les premiers capteurs certifiés par la FIFA. Ces brassières livrent des informations très précises sur la distance parcourue par les joueurs de football qui les portent, la fréquence cardiaque, la vitesse, le nombre d’accélérations… Le traitement régulier de ces données permet de construire des programmes d’entraînement individualisés. Fondateur et CEO d’ASI, Lionel Yersin envisage la démocratisation de ces petits appareils : «Nous travaillons à une solution indoor et commençons à toucher d’autres sports comme le tennis, le ski ou le hockey sur glace.»
D’autres startups suisses développent des objets connectés de qualité médicale. Comme GaitUp, dont les capteurs et les logiciels de mesure des mouvements (photo) sont destinés aussi bien au marché de la performance sportive qu’à celui de la santé.
Autre exemple : la dernière version de la smartwatch d’Apple comprend à la fois un électrocardiogramme de qualité médicale et un dispositif mesurant la cadence d’une course à pied.

chaussure sport

Un sixième de la population se rend régulièrement dans un centre de fitness privé.

Les hommes sont davantage victimes d’accidents de sport (10%) que les femmes (6%).

Les Suisses consacrent un budget de 2500 francs par an et par tête pour le sport.

Les accidents sont plus fréquents pour le ski alpin, le football et la randonnée pédestre.

Quelque 8% de la population se blesse chaque année en faisant du sport.

Une blessure sur cinq concerne des problèmes (chroniques) faisant suite à une pratique excessive ou à une ancienne blessure.

Source: Office fédéral du sport, 2014

La préparation
physique et mentale

« La préparation physique est essentielle »

CEO et navigateur, Christian Wahl raconte son expérience dans les mondes du sport et de l’entreprise.

La magie a encore opéré cette année pour celui que l’on surnomme le «sorcier du lac». En juin dernier, le voilier de Christian Wahl, le D35 Mobimo, s’est imposé lors de la 80e édition du Bol d’Or Mirabaud. Quand il n’est pas sur l’eau, Christian Wahl tient la barre de bj office et bj-coffee, entreprises genevoises familiales et indépendantes, spécialisées dans l’aménagement d’espaces et les solutions Nespresso pour les professionnels. Rencontre.

Comment assurez-vous la préparation physique et mentale pour vous et vos équipes? Avez-vous rencontré des accidents graves durant une course?

J’ai la chance de ne pas avoir connu d’incident majeur sur l’eau jusqu’à présent. La préparation est importante car la voile est un sport assez complexe où il faut être explosif à des moments clefs, ce qui demande beaucoup de concentration et un bon état de forme. La préparation physique est essentielle, en début de saison surtout. Cette année, toute l’équipe était en forme, ce qui n’a pas toujours été le cas, il faut alors composer et ajuster. Nous travaillons pour cela avec des médecins chaque début de saison pour un check-up complet et la préparation. Il faut parfois stabiliser ou accompagner des personnes qui peuvent avoir des problèmes médicaux. Evidemment, il est capital de les détecter au plus tôt.

Ce suivi physique et mental est courant dans le sport, mais rare dans les entreprises. Est-ce qu’il vous a inspiré dans votre management?

Oui, tout à fait. Naturellement, les exigences de condition physique ne sont pas les mêmes en entreprise, mais au niveau mental, il est très important de savoir comment se sentent les collaborateurs, quel est l’environnement et l’ambiance de travail. Cela passe par de l’attention, de l’écoute et des échanges. C’est grâce à cela que l’on peut agir et communiquer efficacement.

A terre comme sur l’eau, vous devez gérer des équipes changeantes. Dans quel environnement avez-vous le plus appris et quel conseil donneriez-vous?

Dans ce domaine, c’est plutôt le monde de l’entreprise qui m’a inspiré et appris! Quand on est dans le sport, cela me semble beaucoup plus simple de gérer des équipes. La passion et un objectif commun fédèrent beaucoup plus facilement les personnes entre elles. En entreprise, c’est autrement plus complexe! Il faut travailler sur la complémentarité et la personnalité de chacun et gérer de manière plus fine.

Christian Wahl
Christian Wahl, CEO et navigateur
Christian Wahl
Christian Wahl, CEO et navigateur

Des programmes sur mesure

Les athlètes de haut niveau ne laissent rien au hasard lorsqu’il s’agit de poser les bases de leur saison. Leur corps est étudié de fond en comble afin d’identifier les forces et les faiblesses de leur métabolisme. Dans cette optique, les évolutions qui leur permettent de repousser leurs limites s’appliquent ensuite à tout un chacun afin de programmer son entraînement avec précision.

«Les sportifs de haut niveau jouent le même rôle que la Formule 1 dans l’industrie automobile, illustre Jacques Menetrey, co-responsable du Centre de Médecine du Sport et de l’Exercice (CMSE) de la Clinique la Colline à Genève. Les ingénieurs développent de nouvelles technologies pour les voitures de courses. Ces améliorations peuvent, dans un deuxième temps, faire progresser le monospace de Monsieur et Madame Tout-le-monde.»

Aujourd’hui, les sportifs, peu importe leur niveau et leur ambition, peuvent passer une batterie d’examens, allant du bilan de condition physique au test d’effort.

«Nous évaluons avec précision les caractéristiques du moteur, pour ainsi dire, continue le spécialiste en orthopédie, lui-même ancien skieur professionnel. Cela permet d’assurer la sécurité des patients durant leur activité, qu’il s’agisse d’un retour au sport ou d’une préparation intense pour un objectif plus exigeant. Nous pouvons du coup programmer des entraînements taillés sur mesure.»

La certification Swiss Olympic

La Clinique La Colline fait partie des 19 établissements estampillés «Medical Base» par Swiss Olympic, l’association faîtière du sport et Comité national olympique. Ce label garantit un niveau de prestation de haute qualité pour un centre de médecine du sport intra-hospitalier. Il comporte en effet des exigences précises, tant au niveau technique que des ressources humaines qualifiées. Au niveau du bâtiment, les normes de Swiss Olympic sont exigeantes: par exemple, quand le patient passe un test d’effort, ses résultats doivent se faire dans des conditions identiques à chaque fois, afin que les résultats soient comparables. Ainsi, la salle de sport doit présenter une température constante, comprise entre 18 et 23 °C et un taux d’humidité entre 30 et 60 %, été comme hiver.
En 2019, le centre espère obtenir la certification supérieure, Swiss Olympic «Medical Center», label le plus exigeant qui demande encore davantage de performance diagnostique, plus de volume de traitements et une taille importante des équipes.
Retrouvez le détail des critères de Swiss Olympic ici.

Professeur Jacques Menetrey, coresponsable du Centre de médecine du sport et de l'exercice de la Clinique la Colline

Comment se nourrir?

«On fait de plus en plus de découvertes dans l’alimentation, mais plus on avance, moins on peut généraliser. Ce qui marche pour un sportif ne marchera pas forcément pour un autre», explique Séverine Chédel. Cette diététicienne du sport basée à Neuchâtel (cabinet Espace Nutrition) est aussi membre du comité de la Swiss Sports Nutrition Society (SSNS), dont l’objectif est de diffuser une information scientifique autour de l’alimentation et du sport. «Aujourd’hui, la nutrition est individualisée.» Conseils.

Prise de masse musculaire et compléments alimentaires

Autrefois réservées aux professionnels, les poudres de protéines se vendent désormais partout. «Je les conseille aux personnes qui s’entraînent tous les jours mais pas aux personnes qui vont au fitness 2 fois par semaine.»

  • antioxydants
  • vitamines
  • minéraux
  • 55% de glucides
  • 15% de protéines
  • 30% de lipides

L’assiette idéale

Pour Stéphanie Barlet, diététicienne à la clinique La Colline à Genève, l’assiette idéale du sportif est «d’abord riche en couleurs et, de fait, pleine d’antioxydants, de vitamines et de minéraux. Elle serait équilibrée du point de vue énergétique et la plus diversifiée possible sur le modèle de l’assiette optimale de la Société Suisse de Nutrition.» Soit 15% de protéines, 30% de lipides et 55% de glucides.

  • antioxydants
  • vitamines
  • minéraux
  • 55% de glucides
  • 15% de protéines
  • 30% de lipides

Inflammations

Faire du sport génère des inflammations. On peut les limiter en réduisant sa consommation de sucre pur, de graisses saturées (charcuteries, fromages…), d’acides gras trans (huile chauffée, friture, aliments transformés) et en favorisant un régime méditerranéen riche en fruits et légumes (antioxydants), en aliments à index glycémique bas et en oméga 3 (huile colza, graines de lin, poissons gras…).

Problèmes digestifs

Aigreurs d’estomac, ballonnements, diarrhées sont fréquents chez les coureurs. Catherine Blondel, médecin nutritionniste, est spécialisée dans la micro nutrition et les compléments alimentaires: «Quand on parle de nutrition du sport, l’erreur est souvent de prendre en compte uniquement les calories alors que les besoins en micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments) sont d’une importance capitale», avertit la doctoresse.

Les sports extrêmes

« C’est un appel à aller explorer ses limites »

A 50 ans, Karine Fragnière, entrepreneur et mère de quatre enfants, se lance le défi de courir son premier Ironman. Elle explique comment elle se prépare et endure l’extrême.

Le sport extrême fascine, et ses compétitions attirent de plus en plus de monde. Au bout de l’exploit physique, une discipline symbolise de dépassement de soi: les Ironmans. On pourrait facilement croire ses adeptes plus proches du Cyborg que du simple mortel. Mais Karine Fragnière fait taire le mythe, elle qui a commencé cette discipline à tout juste 50 ans.
Cet automne, la Vaudoise d’adoption rentre d’Hawaii où elle est arrivée 17e aux championnats du monde, dans la catégorie des 50 à 54 ans. Une place chèrement gagnée après une victoire cet été lors de l’Ironman de Zurich. Cette mère de quatre enfants, sportive, entrepreneure, habituée à mener de front carrière et famille, avoue avoir trouvé son salut dans l’effort en pleine nature. Créatrice de la marque de cosmétique Swissclinical, elle aime s’engager totalement lorsqu’elle sait pouvoir atteindre pleinement la cible. Sa «marque de fabrique»: planifier méticuleusement sa journée pour ne perdre aucune minute du plaisir à la vivre. La maîtrise est totale.

Karine Fragnière
Karine Fragnière, entrepreneur et ironman
Karine Fragnière
Karine Fragnière, entrepreneur et ironman

« C’est presque un job à plein temps »

C’est en 2000 que Karine Fragnière commence la course à pied, pour retrouver la forme après la grossesse de ses jumeaux. Sans excès. Elle constate qu’elle est à l’aise, court quelques triathlons et deux semi-Ironmans, qu’elle remporte. En 2017, elle se fixe ce défi fou: courir l’Ironman de Vichy, le premier de sa vie. «J’avais envie de savoir si j’étais capable de faire un effort de plus de onze heures. Je n’ai pas cherché à comprendre cette décision.»
Sa famille et son compagnon la soutiennent et portent alors ce rêve avec elle. Une part importante de la réussite, selon elle. L’autre versant du succès, elle dit le devoir à sa capacité à écouter ses besoins: «J’ai soudain compris que mon corps pouvait me communiquer ce dont j’avais réellement besoin. M’écouter, suivre mon intuition devenait bénéfique. Depuis, je ne force rien, je cherche le bien-être. Je bois un verre de vin, je mange du chocolat. Au fond, c’est une recherche d’énergie pour profiter de la vie. Je mange quand j’ai faim. Sinon je ne mange pas, même en période de grand entraînement. Je me fais confiance. Et ça marche!»

Ne rien s’imposer

Aujourd’hui, Karine Fragnière est suivie par deux professionnels qui lui donnent son programme d’entraînement. «Je m’entraîne quatre jours sur cinq la semaine, et un jour le week-end. Ma famille a encore beaucoup besoin de moi, la petite dernière n’a que 7 ans... Je fais les courses, à manger, les devoirs, les trajets en voiture pour gérer les déplacements des enfants, comme tout le monde. Mais j’arrive tout de même à ménager mes 12 heures d’entraînement hebdomadaire, sans compter le yoga et la physio. Mais à 16 h, je suis à la maison, pour mes enfants.»
Si elle n’a habituellement pas recours à la médecine, la physiothérapie et les massages sont primordiaux pour aider le corps à récupérer. Afin d’enrayer les éventuels blocages psychologiques qui peuvent entraver la performance physique, la kinésiologie a déjà fait des miracles sur elle.
Pour trouver le bien-être dans l’effort, elle utilise la technique de la visualisation, apprise lors de cours en communication non violente. «Lorsqu’une difficulté ou un doute s’installe, je visualise un ressenti positif, ou une expérience positive déjà vécue. Et ça marche. Il n’y a pas d’«il faut que» ou «je dois». Mais au contraire choisir, ne rien s’imposer, et ancrer cela dans l’instant présent. . J’aime ce que je fais, sinon je ne le ferais pas aussi bien.»

Un ironman, c'est...

3.8km

180.2km

42.195km

Les sports extrêmes toujours plus prisés

Triathlon, trail, ultratrail, ironman... Les compétitions extrêmes se multiplient en Suisse pour satisfaire la demande croissante des sportifs. En août dernier, le Triathlon de Lausanne attirait plus de 2000 athlètes dans la catégorie populaire. Face à un engouement qui n’a cessé de croître ces cinq dernières années, le trail de Sierre-Zinal, créé en 1974, a bloqué les inscriptions à 5000 participants. Son directeur Vincent Theytaz explique: «Sierre-Zinal intègre cette année, pour la première fois, le circuit mondial Golden Trail, les 5 courses de montagne les plus prestigieuses du monde. Nous aurions pu facilement doubler le nombre d’inscrits tant la demande était forte. Mais pour préserver la qualité de la course et l’ambiance incroyable qui fait sa spécificité, nous préférons garder la course sur un jour.»

Le niveau de préparation des coureurs augmente également. «Sur 4900 coureurs, seule une soixantaine ont abandonné, explique Vincent Theytaz. Tous vivent la course comme un challenge et s’y préparent. Les mentalités ont changé. Les gens font attention à leur santé, ont besoin de se retrouver dans la nature, se reconnecter à des valeurs simples. Les médecins ont eux aussi évolué, ils ne dissuadent plus leurs patients en leur parlant dangers, mais collaborent avec eux, les préparent, c’est un grand changement.»

trail
« C’est ma passion [le sport]. J’ai trouvé mon équilibre comme ça […]. Il y a cette bigorexie, je le sais. Mais je préfère avoir cette maladie, entre guillemets, que d’autres addictions. Simplement, il faut que je sache la gérer. »
Le footballeur Bixente Lizarazu a confié au micro de la radio RTL être atteint de bigorexie
« Un cas d’école est le bodybuilding. Ce sport peut glisser dans une addiction avec en plus des troubles du comportement alimentaire. »
Dr Pierre-Etienne Fournier, de la clinique romande de réadaptation (CRR)

Le sport, à consommer avec modération

Contraction de l’anglais big («grand») et du grec orexis («désirs»), la bigorexie est une maladie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Elle désigne la dépendance excessive d’un être humain à l’activité sportive, qui peut mener à l’épuisement. Elle toucherait environ 15 % des personnes qui pratiquent un sport au quotidien, sportifs amateurs comme professionnels. «Très souvent, ce sont des gens qui n’ont pas de suivi», ajoute Arnaud Rapillard, collaborateur à la clinique romande de réadaptation (CRR).
Le corps sécrète des endorphines lors de la pratique du sport. Il suffit d’un effort de plus de 60% de sa capacité cardio-respiratoire durant quelques minutes pour bénéficier des effets positifs. La différence entre les sportifs souffrant d’addiction et les autres se situe dans la capacité à savoir s’arrêter, en particulier en cas de blessure.

En 2011, des questionnaires ont été adressés lors de l’Ultra Trail du Mont-Blanc (toutes courses confondues).

Bilan sur les 1611 hommes et 164 femmes:

0%
des coureurs étaient qualifiés de «dépendants à l’exercice physique»

0%
des coureurs étaient qualifiés de personnes «à risque»

Gérer les blessures

« Le mental est plus important que le physique »

Le footballeur suisse Johan Djourou recommande aux jeunes tentés par une carrière professionnelle de prendre soin de leur corps, mais surtout de leur mental.

Défenseur central genevois formé à l’Etoile Carouge, Johan Djourou est passé par l’Angleterre (Arsenal et Birmingham City), l’Allemagne (Hanovre et Hambourg) et la Turquie (Antalyaspor). Aujourd’hui, il joue en Italie, dans le club de SPAL Ferrara (Emilie-Romagne). Le footballeur de 31 ans s’est blessé à de nombreuses reprises.

Johan Djourou footballeur
Johan Djourou, footballeur suisse international

Combien de blessures subissez-vous chaque année et quelle a été la plus importante?

La plus importante blessure est venue de mes problèmes de cartilage au genou. J’ai dû arrêter de jouer durant toute la saison 2009-2010, soit pendant douze mois. Depuis, je me blesse en moyenne deux fois par année, toujours à cause de mes problèmes de cartilage au genou.

Est-ce que le préparateur physique est une personne primordiale pour vous?

La préparation physique avec un coach est primordiale pour tous les sportifs. Malheureusement, quand on est jeune, on ne se rend pas forcément compte de l’importance d’avoir un bon préparateur physique car on se sent invincible. Quand un sportif de haut niveau vieillit, il réalise tout d’un coup qu’il faut prendre soin de son corps. C’est pour cela qu’il est primordial de s’entraîner tous les jours et toute l’année avec un professionnel.
Mon corps ne réagit pas de la même manière aujourd’hui, à 31 ans, que lorsque j’avais 20 ans. Je sens quand même de l’usure. Mais le fait de se sentir entre de bonnes mains et bien conservé me permet d’avoir de la force, de l’énergie et de la confiance en moi.

Combien d’heures d’entraînement pratiquez-vous par jour?

Entre 1 h 30 et 2 h par jour. Avant l’entraînement, on fait un peu de gym, donc au total je pratique environ 2 h 30 de sport par jour. Ensuite, je fais des étirements et de la relaxation. Cela ne semble pas énorme en termes de temps, mais il faut savoir que nous mettons beaucoup d’intensité dans nos entraînements. Et parfois, il nous arrive d’avoir deux entraînements dans la journée.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait suivre votre carrière?

Je conseillerais, premièrement, de prendre soin de son corps, car c’est primordial. Il faut faire de la prévention, faire de l’exercice en permanence pour éviter de se blesser lors des entraînements ou des matches. Cela donnera aussi confiance à la personne. Ensuite, il est important de bien se préparer, physiquement et psychologiquement avant chaque match.

Vous arrive-t-il d’avoir des doutes?

Les doutes font partie de la vie d’un sportif. Nous en avons beaucoup lorsque l’on se blesse, par exemple. On se demande si on va réussir à être de nouveau fort. J’ai eu la chance d’avoir des personnes autour de moi, dont ma famille, qui m’ont toujours soutenu. Il faut avoir cette force mentale et cette aide pour lutter contre ses doutes.

Vous avez l’air de dire que la force mentale est presque plus importante que la force physique?

Oui, je pense que le mental est plus important que le physique. Lorsque vous êtes un joueur international connu, vous êtes jugé en permanence par des milliers de personnes. C’est une grosse pression psychologique. Certains ne savent pas comment réagir. Ils sont en train de vivre leur rêve tout en étant jugés en permanence. C’est très difficile à vivre. Certains joueurs partis en dépression ont dû arrêter leur carrière.

Johan Djourou footballeur
Johan Djourou, footballeur suisse international
Radioscopie

La pose de prothèses se démocratise

Entre l’évolution du matériel pour les prothèses articulaires, les techniques chirurgicales et les voies d’abord, le contrôle de la douleur et l’arthroscopie, le tout sur fond de numérisation accélérée, la chirurgie orthopédique a effectué un bond en avant extraordinaire. De plus, les revêtements des implants articulaires ont augmenté leur durabilité au-delà de vingt ans. «Le design des prothèses s’est aussi considérablement amélioré, assure le docteur Gregory Cunningham de la Clinique de La Colline, avec, par exemple, l’apparition de la prothèse inversée de l’épaule (sa spécialité, ndlr).»

Docteur Gregory Cunningham
Docteur Gregory Cunningham, chirurgien orthopédiste

Même si elle coûte cher, la prothétique peut faire beaucoup pour les sportifs. «80 à 90% des patients reprennent des activités modérées telles que le tennis, le golf, la natation après une prothèse d’épaule anatomique ou inversée. Même dans les prothèses de coudes qui imposent des activités légères à vie, 90% des patients ne les respectent pas et reprennent une activité modérée et 40% une pratique plus compétitive au tennis ou au golf, par exemple, sans qu’un descellement accru ne soit constaté», témoigne le docteur Gregory Cunningham.

Docteur Gregory Cunningham
Docteur Gregory Cunningham, chirurgien orthopédiste
Radioscopie

Après la chute, se relever?

Les exemples de sportifs sortis du circuit après une blessure sont nombreux. Alors que la rééducation est capitale pour retrouver sa mobilité, les physiothérapeutes et les ostéopathes sont deux métiers au cœur de la performance.
Si les physios interviennent davantage après une blessure, les ostéopathes accompagnent leurs patients durant parfois toute une carrière. «Le but est d’éviter que des grains de sable ne viennent perturber la machine», explique François Vatin, ostéopathe à La Colline, clinique genevoise spécialisée dans la médecine du sport.
A l’envie de s’exercer s’ajoute la pression des sponsors et de l’entourage. Lorsque le sport devient une carrière, le moindre blocage du corps nuit aux performances – et donc indirectement aux revenus. Outre la souffrance physique, le mental prend lui aussi un coup après une blessure. «C’est très dur pour un skieur blessé de se rendre compte qu’il ne chaussera pas les skis de la saison, explique Michelle Jaquet-Fertek, physiothérapeute au sein de Swiss-Ski. Souvent, nous procédons par petits paliers car le rétablissement complet paraît trop éloigné», admet-elle.

« Les cadences sont telles dans notre sport aujourd’hui que la récupération et la prévention sont deux éléments essentiels à la performance »
Gaël Monfils, tennisman français
« Voici comment vont se présenter les huit prochains mois... Souffrances, douleurs, transpiration et pas de ski… »
Justin Murisier, skieur alpin suisse

Esclaves des médicaments?

La frontière entre prescriptions autorisées et dopage n’est pas aussi nette qu’on pourrait (voudrait?) le croire. Un phénomène reflète parfaitement cette ambivalence: l’utilisation de médicaments autorisés et en libre accès afin de repousser les limites physiques. Le professeur Martial Saugy, directeur du Centre de recherche et d’expertise des sciences antidopage de Lausanne (REDS), évoque «une banalisation dangereuse. C’est le prochain grand défi que le monde du sport devra affronter.»

Docteur Silvia Bonfanti
Docteur Silvia Bonfanti

Les athlètes sont aujourd’hui soumis à des intérêts de plus en plus importants. Leur santé ne pèse pas bien lourd face à cette pression constante, sportive, économique et médiatique. Dans le cas des anti-inflammatoires, les risques sont réels pour le corps. «Sur la durée, ces médicaments en vente libre dans le commerce ont des effets plus graves que des médicaments dérivés de la morphine», précise Silvia Bonfanti, spécialiste en médecine du sport à la Clinique La Colline à Genève qui a officié comme médecin sur le village olympique durant les JO d’été de Rio 2016. «Avant des grands événements, comme les Jeux olympiques, il est vrai que l’intérêt à moyen et long terme passe au second plan. Un judoka qui s’est tordu la cheville à quelques jours du tournoi n’aura qu’une idée en tête: combattre. Coûte que coûte.»
La relation entre le docteur et le sportif a changé au fil des années. Le rôle du médecin est désormais d’accompagner, d’informer des risques encourus. La décision finale, elle, revient toujours au patient.

Docteur Silvia Bonfanti
Docteur Silvia Bonfanti, spécialiste Médecine physique et réadaptation
« L’utilisation (des anti-inflammatoires) est si fortement ancrée dans les vestiaires à l’heure actuelle que pour la plupart des joueurs, il s’agit d’un geste aussi machinal que de lacer ses chaussures avant le match. »
Programme 2012 de prévention de la FIFA intitulé: «Soigner la douleur ne soigne pas le mal»

0%
des footballeurs, lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, ont suivi un traitement médical, prenant le plus souvent des anti-inflammatoires.
Source : centre de recherches médicales de la FIFA (F-MARC)

« Certains de mes patients, athlètes de haut niveau, prennent des médicaments un peu tout le temps, surtout des anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme de l’ibuprofène, ndlr). Les doses consommées sont parfois impressionnantes. Ce n’est pas du dopage en soi, mais nous sommes dans une zone grise. »
Silvia Bonfanti, spécialiste en médecine du sport à la Clinique La Colline à Genève

Auteurs
Cristina d'Agostino
Fabrice Delaye
Chantal de Senger
Rebecca Garcia
Catherine Nivez
Marjorie Théry
Mary Vakaridis
Myret Zaki

Vidéo
Rebecca Garcia
David Huc
Hirslanden Clinique la Colline

Rédaction en chef
Myret Zaki

Graphisme
Sarah Duvillard
Charlène Martin

Édition
Inès Girod

Intégration/
Développement

Geoffrey Raposo

Contact
Rédaction Bilan
11, rue des rois
1204 Genève
Tél. +41 22 322 36 36
bilan@bilan.ch

Publicité
Tamedia SA
Tamedia Advertising
Avenue de la Gare 33
Case Postale
1001 Lausanne
Tél. +41 21 349 50 50
annonces@bilan.ch

<