Médecine« La technologie change la vie des patients »

Let's go!

Aujourd’hui, les chirurgiens sont épaulés par des robots ou implantent des valves aortiques sans ouvrir le cœur. Tests génétiques, informations santé, données médicales… Sélection de techniques qui soulagent le quotidien des soignants et des soignés.

Prévenir le cancer

Si les chances de survivre à un cancer du sein se sont nettement améliorées, les solutions de diagnostic se sont aussi perfectionnées, notamment le dépistage génétique.

Des tests génétiques en Suisse romande

Les tests génétiques constituent une piste efficace afin d’identifier et de soigner la population à risque. Ainsi, il existe aujourd’hui des Centres du Sein vers qui les femmes peuvent se tourner dans la plupart des cantons helvétiques. Hirslanden Clinique des Grangettes et d’autres centres romands proposent une prise en charge multidisciplinaire permettant de mettre en place une stratégie thérapeutique individualisée.

Avant d’entreprendre une telle démarche, il faut prévenir son assurance qui doit donner son feu vert. D’un coût total d’environ 4500 francs, l’analyse génétique est prise en charge par la couverture de base si les conditions prévues par la loi sont remplies. La patiente est alors convoquée à la clinique pour une prise de sang et reçoit peu de temps après les résultats.

La population à risque

Ces diagnostics génétiques sont conseillés aux femmes qui ont soit une déclaration précoce de la maladie ou une forme de cancer agressif, soit une histoire familiale sévère, c’est-à-dire trois parentes de la même branche familiale au moins qui ont été touchées. Fait moins connu du grand public, la transmission peut aussi s’effectuer par le biais du père. Il faut donc aussi s’inquiéter lorsque qu’une grand-mère ou une tante paternelle ont été atteintes d’un cancer du sein.

Malgré les progrès de la recherche, il subsiste néanmoins encore quantité d’inconnues notamment sur les facteurs de déclenchement de la maladie. Considérons par exemple deux femmes porteuses de la même altération génétique. L’une sera touchée à 30 ans par un cancer, alors qu’une autre sera indemne à l’âge de 80 ans. D’autres patientes peuvent, de leur côté, développer une tumeur au sein sans être porteuses de gènes défectueux. Des différences culturelles font que dans les pays anglo-saxons les femmes ont davantage recours à une intervention chirurgicale préventive qu’en Europe continentale.

Choix difficile

Si la présence des gènes défectueux est établie, la patiente affronte une nouvelle étape. «Elle doit choisir entre une chirurgie préventive, soit une mastectomie, ou un suivi renforcé qui doit détecter toute tumeur de manière précoce», indique Bernard Conrad, onco-généticien au Centre du Sein à Hirslanden Clinique des Grangettes à Genève et responsable médical de la génétique du réseau de laboratoires suisses Medisupport.

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Le risque de cancer du sein pour les porteuses d’un défaut dans le gène défectueux BRCA1 avant d’avoir 80 ans.

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Le risque de cancer du sein pour les porteuses d’un défaut dans le gène défectueux BRCA2 avant d’avoir 80 ans.

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Le risque de cancer de l’ovaire pour les porteuses d’un défaut dans le gène défectueux BRCA1 avant d’avoir 80 ans.

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Le risque de cancer de l’ovaire pour les porteuses d’un défaut dans le gène défectueux BRCA2 avant d’avoir 80 ans.

(Etude 2017 dirigée par Karoline Kuchenbaecker de l’Université de Cambridge, parue dans le Journal of the American Medical Association)

6000 femmes par an sont diagnostiquées en Suisse comme étant atteintes d’un cancer du sein.

90000 femmes vivent avec cette maladie dans l’ensemble du pays.

Quelques 8000 femmes vivent avec cette maladie dans le canton de Genève.

Le taux de survie relatif à 5 ans est de 85% pour les patientes: la Suisse est l’un des pays présentant le meilleur pronostic.

(Estimations 2018)

Angelina Jolie a choisi la mastectomie

En 2013, l’actrice Angelina Jolie a révélé s’être fait enlever les deux seins afin de prévenir un risque très élevé de cancer du sein et des ovaires. Alors âgée de 37 ans, l’Américaine a subi cette opération que l’on appelle mastectomie car elle se savait porteuse du premier des deux gènes défectueux (BRCA1 et BRCA2) qui favorisent le développement de tumeurs. Il y avait aussi des antécédents familiaux puisque la mère d’Angelina Jolie est elle-même décédée à l’âge de 56 ans d’un cancer. Deux ans plus tard, en 2015, l’actrice a également subi une ablation des trompes de Fallope et des ovaires.

Angelina Jolie
Photo: DR

Les marqueurs polymorphiques

La prochaine révolution médicale qui se prépare est celle des marqueurs polymorphiques. Des tests conçus sur cette base permettront d’établir des scores de risques face à certaines maladies. A l’heure actuelle, les consommateurs peuvent déjà commander sur Internet des produits venus des Etats-Unis qui promettent des taux de prédispositions à certaines maladies. Ils sont cependant unanimement condamnés par le milieu médical.

Des diagnostics plus rapides

A Neuchâtel, Luc Gervais, docteur en microtechnique, et Jörg Ziegler, docteur en biophysique, ont créé la startup One Drop Diagnostic afin de suivre les risques de cancers ou de détecter une attaque cardiaque. Leur solution innovante est comparable aux tests de taux de glucose pour les personnes diabétiques. Le processus se décompose en trois étapes: le prélèvement d’une goutte de sang sur le support One Drop, son insertion dans l’appareil qui va analyser les biomarqueurs, et la restitution des résultats via une application smartphone. Pour un médecin de famille, le test est extrêmement rapide dans le cadre d’une consultation. A terme, ce sont les patients à risque eux-mêmes qui pourraient acquérir le dispositif et mesurer leurs biomarqueurs.

Sur le billard

La technologie gagne du terrain dans les salles d’opération. Zoom sur quatre innovations dont disposent aujourd’hui les chirurgiens.

Contrairement à la méthode traditionnelle «à voie ouverte», cette technique dite «mini-invasive» ne nécessite que de petites incisions. L’une sert à introduire un dispositif muni d’une source lumineuse et d’une caméra dont les images sont visibles sur un écran; les autres permettent d’insérer les instruments chirurgicaux. Résultat: les interventions sont plus courtes, les risques d’infections, de douleurs et de complications sont réduits et la durée du séjour à l’hôpital est raccourcie. Apparue dans les années 80, la laparoscopie est devenue une technique standard, notamment en chirurgie digestive, urologique et gynécologique.

Da Vinci est un robot qui assiste les chirurgiens dans le bloc opératoire. Né à la fin des années 90, il dispose de quatre bras télécommandés, munis d’une caméra et d’instruments et introduits dans le ventre du patient. Ils reproduisent les gestes effectués par le chirurgien qui est installé, à quelques mètres de là, devant une console et un écran. Il dispose d’images en trois dimensions et à haute résolution qui lui donnent une excellente vision du champ opératoire. En outre, les bras du robot ayant plus d’articulations que les poignets humains, ils peuvent faire des gestes que la main ne peut pas effectuer.

Les patients profitent indirectement des avantages de cet outil. Après une opération du côlon, ils récupèrent plus vite et la reprise de leur transit intestinal est plus rapide. Dans certaines interventions, Da Vinci réduit aussi les complications ou les effets secondaires, comme les rares risques de fuites des sutures de l’estomac, les saignements ou, en ce qui concerne la prostate, il permet de mieux épargner les nerfs érectiles et de limiter le risque d’impuissance.

Les deux spécialités qui ont le plus fréquemment recours au robot sont les chirurgies urologique et viscérale. Toutefois, seule une dizaine d’établissements hospitaliers de Suisse romande (dont Hirslanden Clinique Cecil à Lausanne et les HUG qui en ont deux) disposent pour l’instant d’un robot Da Vinci, qui est en position de monopole.

Testée pour la première fois au Centre hospitalier universitaire de Rouen (France) en 2002, la technique TAVI (selon l’acronyme anglais transcatheter aortic valve implantation), permet désormais d’implanter par voie percurtanée une valve aortique. Elle est surtout destinée aux personnes les plus âgées, pour qui l’intervention à cœur ouvert peut s’avérer dangereuse. TAVI consiste à introduire dans une artère, le plus souvent de la jambe, la prothèse insérée dans un stent et à l’acheminer jusqu’au cœur. Une fois en place, l’implant est gonflé et il écrase la valve malade dont il prend le relais.

«Les résultats en termes de survie et de qualité de vie sont équivalents à ceux de la chirurgie conventionnelle», précise Jean-Jacques Goy, spécialiste de cardiologie interventionnelle à Hirslanden Clinique Cecil. En outre, le risque de complications est réduit. Sans compter que l’implantation percutanée de ces valves est bien plus rapide - elle prend moins d’une heure, contre trois-quatre heures pour les opérations classiques - et la durée d’hospitalisation est réduite à trois ou quatre jours (contre dix à douze).

Certains chirurgiens bénéficient d’un système de navigation, sorte de GPS qui leur permet «d’optimiser les interventions et leurs résultats», selon le Dr Mathieu Assal, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie chez Hirslanden clinique La Colline à Genève. Ce dernier a entrepris de transférer cette technologie, conçue il y a dix ans par Medtronic pour faciliter les opérations de la colonne vertébrale, à la chirurgie de la jambe, de la cheville et du pied, des structures «plus petites que le rachis et plus complexes».

Le chirurgien l’utilise notamment en cas de fracture du pied, pour remettre les os fragmentés dans leur position d’origine à l’aide de vis et de plaques. «L’imagerie nous fournit des images en 3D qui nous permettent de visualiser les zones profondes du pied». Pendant l’intervention, l’ordinateur sert de «guide virtuel», précise le spécialiste d’orthopédie. Autre grand avantage: une fois l’opération terminée, un nouvel examen scanner permet de vérifier que les fragments osseux sont en bonne place et, si ce n’est pas le cas, de rectifier.

Le chirurgien de la clinique genevoise cherche maintenant à appliquer le système de navigation aux interventions portant sur d’autres articulations.

Mathieu Assal, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie
Photo: Loris von Siebenthal
« C’est une véritable révolution qui est en cours» Mathieu Assal, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie

Privilégier l'humain

La technologie est un outil efficace et bienvenu qui s’appuie parfois sur des techniques plus naturelles.

Réparer un patient avec ses propres tissus

L’une des tendances actuelles de la chirurgie est de substituer aux prothèses des implants fabriqués à l’aide des tissus prélevés sur la personne opérée.

Prélever des os...

Ces autogreffes sont souvent utilisées en chirurgie orthopédique. On prélève par exemple sur une personne des fragments d’un de ses os pour traiter une fracture qui ne guérit pas ou un déficit dans un fragment d’os, mais aussi pour bloquer des vertèbres.

...des tendons...

Autre situation: lors de la rupture du ligament croisé antérieur du genou. L’intervention consiste à faire des tunnels dans l’os du genou, afin d’y glisser un fragment de tendon prélevé sur le patient, puis de le fixer. L’intervention ne nécessite qu’une petite incision dans l’articulation pour insérer les instruments.

... et le coeur

Depuis peu, les autogreffes ont aussi été introduites en chirurgie cardiaque pour remplacer une valve aortique défaillante (lorsque ce clapet qui permet au sang de sortir du cœur s’ouvre ou se ferme mal). Cette technique, élaborée par le chirurgien japonais Shigeyuki Ozaki, consiste à prélever un fragment du péricarde du patient (membrane qui entoure le cœur), puis à la conditionner mécaniquement et chimiquement. C’est dans ce matériau que le chirurgien, après avoir ôté la valve défaillante, découpe trois feuillets qu’il greffe au niveau de l’orifice aortique. «On obtient de bons résultats en terme d’ouverture de la valve», constate le Dr Gregory Khatchatourov, spécialiste en chirurgie cardiaque chez Hirslanden clinique Cecil à Lausanne.

Coeur
Photo: Science Photo Library

Détecter sa période de fertilité

Ava est une entreprise de santé digitale suisse. Basée à Zurich, la startup a développé un bracelet de suivi de fertilité. Les fondateurs d’Ava souhaitaient aider les femmes ayant envie d’avoir des enfants. «On s’est rendu compte qu’il y avait peu d’études ou d’outils qui s’intéressent à la menstruation des femmes. Le but de cette technologie est d’aider à la conception d’un enfant. Il ne s’agit pas d’un outil de contraception», commente Vicky Kummer, Global Senior Brand & Communication Manager chez Ava. Utilisant une application et des algorithmes, le bracelet connecté permet de fournir un aperçu du cycle menstruel, de la période de fertilité et de la grossesse.

Le bracelet Ava se porte pendant le sommeil, lorsque le corps est entièrement au repos. Il doit être synchronisé ensuite le matin avec l’application, et différentes informations sur la phase menstruelle, le stress ou les changements physiologiques pendant la grossesse sont indiquées. Ava calcule en fonction de facteurs comme la température corporelle les jours d’ovulation. L’application informe ensuite les clientes sur les 5 jours où elles sont les plus fertiles.

La startup a reçu différents prix comme "Best of Baby Tech" au CES 2017 et honoré comme la meilleure startup suisse en 2017 et 2018. Lancé aux États-Unis en 2016, le bracelet Ava est vendu dans 36 pays. A l’heure actuelle, Ava a recensé plus de 28000 grossesses signalées et 50 nouvelles grossesses ont lieu chaque jour avec l’aide du bracelet. La startup fait actuellement des tests pour développer cette technologie dans d’autres domaines.

Application AVA
Bracelet AVA

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grossesses signalées depuis 2016 et 50 nouvelles grossesses ont lieu chaque jour.

Le boom de l’hypnose

Cette pratique est surtout recommandée pour des petites interventions chirurgicales, pour soulager des douleurs et soigner l’anxiété. Cet outil de soin relationnel permet au patient d’atteindre un état de conscience modifiée dans lequel des changements de perception sont possibles grâce aux suggestions du thérapeute.

L’hypnose peut être employée en association à l’anesthésie locale dans différents types de chirurgies permettant ainsi parfois de renoncer à une anesthésie générale. Elle peut aussi être utilisée en gastroentérologie, en chirurgie et soins dentaires: elle réduit alors l’anxiété, diminue l’intolérance aux implants et s’utilise lors d’allergies aux anesthésiques locaux. L’hypnose trouve enfin son indication principale dans la prise en charge des douleurs chroniques.

Toutefois, il est excessivement rare de voir des médecins pratiquer l’hypnose pure, sans anesthésie. «L’hypnose n’a rien de magique», assure la médecin-anesthésiste Nicoline Kooger Infante qui officie chez Hirslanden clinique de la Colline à Genève, «le patient doit s’impliquer afin de bénéficier de ses effets».

Nicoline Kooger Infante
Photo: Lionel Flusin

Favoriser le «Peau à peau» lors d’une césarienne

Plusieurs cliniques et hôpitaux élaborent une nouvelle prise en charge du nouveau-né après une césarienne. Il s’agit de mettre le plus rapidement possible en contact maman et bébé après une césarienne en déposant le nouveau-né sur le torse nue de la maman. Pour Audrey Blanc, infirmière responsable de la maternité chez Hirslanden Clinique des Grangettes «le but principal est de créer un lien dans les minutes qui suivent l’accouchement». Celle-ci s’inscrit dans une démarche plus générale de remettre maman, bébé et papa au centre des préoccupations lors d’un accouchement par césarienne.

Les bienfaits de cette approche seraient multiples: réduction du stress, meilleure régulation de la température et meilleure adaptation à la vie extra-utérine. Ce dispositif est surtout possible lors des césariennes programmées. Il est à l’heure actuelle trop difficile de la mettre en place lors de césariennes faites en urgence selon Audrey Blanc.

Nicoline Kooger Infante
Photo: Mayte Torres/Getty Images
Le peau à peau immédiat et prolongé au moment d’une césarienne est une pratique récente.

Tous cybercondriaques ?

Grâce à Internet, les citoyens ont accès à une foule d’explications autour de la santé. Mais trop d’informations peut aussi rendre malade.

La ruée sur le web

La Toile «déverse des tombereaux d’anxiété sur tous ceux qui veulent vivre mieux et le plus longtemps possible... Dès lors, je comprends que l’on imagine le pire au moindre pépin. Plus on en sait, plus on s’en fait», écrit l’ultramédiatique médecin français Michel Cymes. Il ajoute que les jeunes, en permanence connectés, sont davantage concernés car plus enclins à se précipiter sur Internet dès qu’ils nourrissent des doutes sur leur état de santé.

Le docteur Thomas Fergus, auteur d’une étude sur la cybercondrie, confirme: «la cybercondrie peut être plus nuisible que sa version traditionnelle, l’hypocondrie, à cause de la surabondance d’informations erronées ou imprécises en quelques clics».

Michel Cymes, médecin, auteur de «Rassurez-vous! Vos symptômes de la tête aux pieds».
Photo: AFP
Michel Cymes, médecin, auteur de «Rassurez-vous! Vos symptômes de la tête aux pieds».
« Via internet, l’information santé est aujourd’hui accessible à tous. De la sinusite qui refile le cancer, en passant par les jus de carotte qui remplacent la chimio... Ainsi prospère la cyber-inquiétude qui entame le moral et ravage l’esprit, fut-il le plus équilibré » Michel Cymes
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des Suisses recherchent des informations médicales sur Internet

(Source OFS, 2017)

Développer de réels symptômes

À noter cependant que certains ayatollahs de la prophylaxie font le cheminement inverse. Ces individus particulièrement anxieux auront tendance à lire toutes sortes d’informations sur des maladies graves et à se persuader qu’ils ont contracté une pathologie. Dans certains cas, ils développent même de réels symptômes.
Dans «The Nocebo Effect», l’essayiste nord-américain Stewart Justman affirme: «Une fois mises sur le marché, des idées sur telle ou telle maladie sont en mesure de susciter la maladie elle-même.»

Heureux, les ignorants?

Dans une étude publiée dans l’«International Journal of Clinical Practice» en 1998, l’Anglais A. F. Cooper découvrait, avec un groupe de patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde, que ceux à qui l’on administrait une courte leçon sur la maladie se portaient moins bien que ceux que l’on se bornait à soigner, sans explications.

Pas si vain

Il convient cependant de ne pas diaboliser le monde de l’e-santé. En effet, dans de nombreux cas, les recherches sont faites pour mieux comprendre le «pompeux galimatias et spécieux babil» de certains médecins, pour citer Molière. L’anonymat des forums de discussion favorise par ailleurs la communication et l’échange sur des sujets intimes ou tabou, tels que la sexualité ou certaines pathologies psychologiques. Les communautés de malades apportent enfin de vraies solutions en termes de soutien et permettent de rompre la solitude.

Où trouver l’info ?

Quelques bons réflexes permettent d’éviter la panique au bout du clavier. HON (Health on the Net) a pour but d’améliorer l’information médicale à disposition des internautes et de les protéger contre les informations qui n’ont pas de valeur scientifique. Pour ce faire, cette fondation basée à Genève a mis en place un système de certification nommé HonCode. Plus de 6000 sites répondent à ses critères. «Vous pouvez chercher des informations sur HON, et il ira les rechercher dans des sites réputés “sûrs”», indique le journaliste Luc-Olivier Erard sur le site de la fédération romande des consommateurs. Il ajoute qu’un petit logiciel simple à installer permet de faire des recherches en limitant les résultats aux sites sûrs qui répondent aux critères de HonCode.

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des internautes santé s’appuyent sur Internet comme principale source d’information en santé.

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des recherches sont faites pour mieux comprendre les informations données par les médecins.

(Etude WHIST 2017 de l’INSERM)

Le défi des données

Alors que le dossier électronique du patient sera mis en place au printemps 2020, l’accès aux données médicales enflamme les industriels et les chercheurs.

Un dossier électronique dès 2020

Le message des autorités est clair: l’introduction du Dossier électronique du patient (DEP), attendu pour avril 2020, donnera à l’individu un contrôle total sur les données ainsi numérisées. La loi offre ainsi à chacun de définir trois niveaux de confidentialité pour ses informations personnelles. «Normal» (informations simples), «restreint» (seulement consultables par certains professionnels de santé sous conditions), et enfin «secret» (seul le patient y aura accès).

D’une manière générale, le consentement du patient sera requis pour tout accès à l’exception de cas d’urgence pour lesquels l’accès pourra être forcé, mais devra faire l’objet d’une justification par l’autorité médicale.

L’ordonnance sur le DEP pose des exigences élevées en termes de gestion et de cybersécurité. Accès verrouillé, adhésion facultative des médecins de ville, l’approche retenue n’est pas du goût de l’industrie qui demande l’accélération de la digitalisation des données médicales.

Calvin Grieder, président de Givaudan.
Photo: DR
Calvin Grieder, président de Givaudan.
« La vie privée est un luxe quand on parle de santé » Calvin Grieder

Des données très recherchées

Le Dossier électronique du patient n’empêchera pas non plus l’extraction croissante et l’utilisation discutable d’informations médicales qui se poursuit en parallèle. En particulier via les applications et les objets connectés et sous l’incitation des assureurs, particulièrement demandeurs.

Après la baisse de prime proposée pour 10 000 pas par jour par CSS et Helsana, le programme Helsana+ permettait de collecter, via une application, des informations sur l’alimentation ou l’activité, contre des bonus. Attaqué par le Préposé fédéral à la protection des données, l’assureur a vu le litige tranché en mars par le Tribunal administratif fédéral. Ce dernier a considéré comme illicite la collecte de données au moyen de l'application Helsana+, faute de consentement valable des assurés. Toutefois, le traitement des données dans le cadre du programme Helsana+ est licite du point de vue de la loi sur la protection des données, la loi sur l’assurance maladie ne protégeant pas spécifiquement la personnalité des assurés.

Et l’anonymat?

Indépendamment du DEP, l’utilisation de données pour la recherche médicale suit son cours, et fait face au challenge technique de garantir l’anonymat du patient. Le CHUV, qui gère historiquement les dossiers internes de ses patients (indépendamment du DEP), peut extraire certaines informations pour des études selon une procédure très précise que décrit Daniel Gougerot, responsable sécurité des systèmes d’information: «Si une personne ou une équipe de recherche veut faire une étude, elle doit monter un dossier qui doit être accepté par la commission d’éthique. Une cohorte de patients est alors définie et le consentement demandé individuellement.»

À ce sujet, le Préposé fédéral à la protection des données rappelle que «quand il s’agit d’un traitement de données anonymisées, la loi sur la protection des données n’est pas applicable parce qu’il ne s’agit plus de données personnelles», mais met en garde : «Il faut juste être sûr qu’une ré-identification n’est plus possible.»